Après une lésion des ischio-jambiers, la force revient avant le muscle : le patient repousse fort, mais le biceps fémoral reste en retrait et les ischios médiaux portent le travail. Ce protocole dit quels tests faire, comment, et ce qu'on y lit : la répartition du travail entre le biceps fémoral et les ischios médiaux, comparée au côté sain et suivie d'une séance à l'autre. Un avant / après dans la même séance, sans décoller une seule électrode.
🎯 Ce que ce protocole fait, et ce qu'il ne fait pas. Il donne le cadre du test : les mêmes gestes, dans le même ordre, avec les mêmes capteurs, à chaque séance. Il ne dit pas quoi faire entre T0 et T1 : exercice, biofeedback ou neuromodulation, c'est votre séance. Vous pratiquez la NMP ? Le mécanisme et le cadre légal sont dans La neuromodulation percutanée & l'EMG.
Le principe en quatre temps
Ce qui se lit, c'est le Δ T1 − T0. Une MVIC ne se transporte pas d'une séance à l'autre : elle est datée, située dans une pose d'électrode, individualisée. Le delta intra-séance, lui, est produit dans la même pose, avec la même MVIC au dénominateur : c'est la seule mesure qui se compare d'une séance à l'autre. Le raisonnement complet est dans Le biais de positionnement des électrodes.
Choisir son montage
| 2 capteurs | 4 capteurs | |
|---|---|---|
| Capteurs posés | BF + ST, un côté à la fois | BF + ST, des deux côtés |
| Repositionnements dans la séance | 1 | 0 |
| Les deux répartitions dans la même pose | non | oui |
| Asymétrie bilatérale | non : deux poses successives | oui |
L'argument du 4 capteurs est simple : moins de repositionnements dans la séance. Les positions ne bougent jamais, les mesures restent comparables de bout en bout : plus rapide, et plus fiable.
La pose
| Canal | Muscle | Site SENIAM |
|---|---|---|
| 1 | Biceps fémoral (BF) | À 50 % de la ligne tubérosité ischiatique → épicondyle latéral du tibia |
| 2 | Ischios médiaux (ST) | À 50 % de la ligne tubérosité ischiatique → épicondyle médial du tibia |
Électrodes sèches et strap, moins de 30 secondes par capteur, pas de gel ni de préparation cutanée. Capteur aligné dans le sens des fibres, contrôle du signal au repos avant de démarrer. En surface, le semi-membraneux n'est pas séparable du semi-tendineux : le libellé juste est « BF contre ischios médiaux », jamais « les trois ischios ».

Les trois tests
Comment les réaliser, ce que chacun vient chercher, et ce qu'on y lit. L'ordre est fixe : leg curl, puis single leg RDL, puis le pont unipodal long levier, et il vaut pour T0 comme pour T1. Les tests se font de préférence en unilatéral, un côté à la fois, côté sain d'abord : ce que chaque jambe produit se lit alors sans ambiguïté, et le patient dispose de son modèle sensoriel avant de tester le côté lésé.
Test 1 · Leg curl unilatéral, la fenêtre distale
| Comment | Leg curl allongé, 10 répétitions, tempo 2121, amplitude complète. Charge fixe, notée, inchangée entre T0 et T1. |
| Ce qu'on cherche | La répartition du travail dans la fenêtre où le biceps fémoral est censé dominer. Le test de sensibilité : si la séance vise à remonter un BF sous-recruté, l'effet doit se voir ici en premier. |
| Ce qu'on lit | La répartition BF / ST, et les activations moyenne et max de chaque canal (% MVIC). |
📚 Ce que dit la littérature. Le leg curl est l'exercice au plus fort biais en faveur du biceps fémoral de toute la famille des exercices ischio : SMD ≈ +0,94, le plus grand effet du lot dans la méta-analyse du Journal of Sports Sciences (2025, PubMed 40192215). L'imagerie fonctionnelle (Bourne et al.) confirme le principe : la sélectivité entre chefs dépend du choix de l'exercice.

Test 2 · Single leg RDL, la fenêtre proximale
| Comment | 10 répétitions par côté, tempo 2020, sans charge externe. |
| Ce qu'on cherche | Le gain survit-il au passage en dominance de hanche, en chaîne fermée, avec un allongement contrôlé : la condition la plus proche du mécanisme lésionnel. Le test de robustesse. |
| Ce qu'on lit | La répartition BF / ST et les activations (% MVIC), en gardant un œil sur la descente : la contribution du BF y est presque toujours plus basse qu'en montée. |
📚 Ce que dit la littérature. Le hip hinge produit le biais inverse du leg curl : le semi-tendineux domine (SMD ≈ −0,59, même méta-analyse). Hegyi et al. (EMG haute densité) ajoutent que la sélectivité est aussi régionale : sur un même exercice, le BF long est maximal en région distale, le ST en région médiane.
🎯 Pourquoi deux tests dynamiques, et pas un seul. Le leg curl et le SL RDL ne sont pas deux versions du même test : ce sont deux fenêtres opposées. Dans l'une, le BF est censé dominer ; dans l'autre, être minoritaire. Une contribution de 30 % n'a pas le même sens selon l'exercice, et un gain qui n'apparaîtrait qu'au RDL, là où le BF est structurellement minoritaire, est suspect.

Test 3 · Pont unipodal long levier, l'isométrie en lecture ratio
| Comment | Décubitus dorsal, un talon posé sur un banc, genou presque tendu (20 à 30°), l'autre jambe libre. Décoller le bassin jusqu'à l'alignement épaules-bassin-talon et tenir 20 secondes. Une seule tenue par côté : un côté, puis l'autre. Même banc, même distance talon-bassin (marquée), même hauteur de bassin à T0 et T1. Si les ischios crampent, le levier est trop long : pliez légèrement le genou et notez l'angle. |
| Ce qu'on cherche | Une isométrie franchement distincte de la MVIC (décubitus dorsal, tâche de hanche, charge ancrée par le poids du corps), praticable partout, sans aucune machine. |
| Ce qu'on lit | La répartition BF / ST, et rien d'autre. |
Pourquoi le long levier. Genou presque tendu, la demande sur les ischios augmente nettement par rapport au pont classique à 90° de genou : le geste devient ischio-dominant, et le signal se lit proprement.

Les indicateurs
Tout se lit dans MyoCare, et tout se lit de la même façon : on compare T0 et T1, exercice par exercice, côté par côté. Et sur chaque exercice, le côté lésé se compare à son côté sain, mesuré dans les mêmes conditions.
| Indicateur | Où dans MyoCare | Ce qu'on compare |
|---|---|---|
| Activation moyenne (% MVIC) | Tableau par muscle | T0 vs T1, par muscle et par exercice |
| Activation max (% MVIC) | Tableau par muscle | T0 vs T1, par muscle et par exercice |
| Répartition BF / ST | Donut « Répartition par côté » | T0 vs T1, et côté lésé vs côté sain, par exercice, jamais d'un exercice à l'autre |
| Asymétrie bilatérale | Bloc « Asymétrie » | T0 vs T1, en montage 4 capteurs |


Le protocole d'évaluation, variante 2 capteurs
Poser les deux capteurs côté sain
BF + ST du côté sain, sites SENIAM ci-dessus. On commence toujours par le côté sain : il fournit la référence de répartition du patient, et il donne au patient le modèle sensoriel des tests avant de les refaire côté lésé.
MVIC des deux canaux
Décubitus ventral, genou à environ 90°, effort maximal contre une résistance fixe (le boudin d'une machine à leg curl allongé fait parfaitement l'affaire) ou contre une résistance manuelle au talon. Suivez le protocole guidé de MyoCare : 3 × 5 s, 10 s de repos.

La batterie de référence
Les trois tests, dans l'ordre du chapitre précédent : leg curl → single leg RDL → pont unipodal. C'est la référence de « bonne » répartition de ce patient. Elle se mesure une fois, elle ne sera pas refaite.
Repositionnement côté lésé
Les deux capteurs passent sur le côté lésé, mêmes sites SENIAM. C'est le seul déplacement de la séance, et il impose la règle de l'étape suivante : refaire immédiatement les deux MVIC. Le placement agit comme un facteur de gain sur le signal ; exprimé en % de sa propre MVIC captée dans la même pose, ce gain s'annule. C'est ce qui rend le déplacement acceptable pour une répartition.
MVIC des deux canaux, côté lésé
Même protocole qu'à l'étape 2. Ces deux valeurs sont le dénominateur de tout ce qui suit, T0 comme T1. Elles ne seront plus retouchées de la séance.
T0, le contrôle avant la séance
Les trois tests, même ordre qu'à l'étape 3. Notez la charge du leg curl, la hauteur du banc et la distance talon-bassin du pont : elles ne bougeront plus. Notez aussi la consigne verbale, mot pour mot : elle sera relue à T1.
La séance
Rééducation, biofeedback ou neuromodulation, selon ce que T0 a montré. Les capteurs restent en place pendant toute la séance.
T1, le même contrôle en fin de séance
Les trois mêmes tests, même ordre, même charge, même consigne mot pour mot. Le test est un contrôle, pas une performance : si vous encouragez à T1 et pas à T0, vous avez mesuré votre voix.
Le protocole d'évaluation, variante 4 capteurs
Aucun repositionnement de toute la séance. Les positions ne bougent jamais, les mesures restent comparables de bout en bout : plus rapide, et plus fiable.
Poser les quatre capteurs
BF + ST des deux côtés, sites SENIAM. Contrôle du signal au repos sur les quatre canaux.
Les quatre MVIC
Côté sain d'abord, côté lésé ensuite. Une MVIC par canal : la répartition l'exige, une MVIC « par côté » ne suffit pas.
T0, les trois tests des deux côtés
Côté sain d'abord, puis côté lésé, dans l'ordre du chapitre des tests. Un côté à la fois, et chaque côté fait l'objet de son propre enregistrement, pour que la jambe au repos ne pollue pas les répartitions.
La séance, puis T1 des deux côtés
La séance capteurs en place, puis les trois tests des deux côtés, même ordre qu'à T0.
Ce que ce protocole ne dit pas
Si le gain tient jusqu'à la séance suivante. C'est la question du maintien, et elle ne se lit pas dans une séance isolée : elle se lit séance après séance, à test et montage constants.
L'interprétation clinique. Le protocole fournit le cadre du test, identique d'une séance à l'autre. Ce que le chiffre signifie pour ce patient, à ce stade, appartient au praticien.
Pas de norme, des tendances. Les auteurs de la méta-analyse de 2025 concluent eux-mêmes qu'on ne peut pas trancher fermement : la variabilité méthodologique entre études est trop grande. Il n'existe pas de « bonne » contribution universelle. Il existe des tendances par exercice, et la référence de chaque patient est son côté sain, mesuré dans les mêmes conditions. C'est précisément ce qui justifie de mesurer son patient plutôt que de le comparer à une table.
Sources : méta-analyse des différences d'activation ST / BF par exercice, Journal of Sports Sciences, 2025 (PubMed 40192215) ; Bourne et al. (IRM fonctionnelle, sélectivité par exercice) ; Hegyi et al. (HD-sEMG, sélectivité régionale) ; Hermens et al., SENIAM, J Electromyogr Kinesiol 2000 (sites de pose). Voir aussi La neuromodulation percutanée & l'EMG et Le biais de positionnement des électrodes.
